Sol & Sang [15)

Les visages sont muets
gris-beige comme un fantôme playmobil.
Le sang n'est pas de l'eau
quand il manque c'est vraiment blanc
mais le goût du sang dira
comme l'eau de pluie sur l'écorce
te dit combien l'arbre pénètre le ciel
me surplombe
combien la boue trace un chemin
coule et ruisselle
sur cette terre qui t'appartient.
Observe celui qui approche
la voix cachée dans le poing
une sangsue qui perle, si noire sur le flanc
réchauffe l'herbe
entre dans l'eau et saigne.
Il veut prendre le sexe
boire les gouttes
qui cerclent ton front.
Il veut prendre
enfoncer dans son ventre
et jouir de ce trésor impunément
féconder la fin de la nuit
dessiner sur la terre son drap brun.
Il veut prendre l'eau de ce trésor
boire le ciel et
jouir de ta boue trésor
une sangsue éclatant sous le pied
pavot dévoyé sur le chemin
lèvres
et chair de notre corps
quand on l'ouvre
dessiccation.
Les visages sont muets
bientôt brun qui s'écaille
dans le vent rasant,
le goût du sang.


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Dans l'eau toute la journée
combien nos mains
plissées par l'humide
répandent une même chaleur.
La douleur est une fente qui s'ouvre,
une cheminée.
Nos bouches scellées de glaise
semblables à nos yeux
carmin sur les contours
une prostituée
dont le maquillage doit être laid
à outrance
les tenues vulgaires
dont on achète la vulgarité
pour taire la racine
l'unique.
La douleur comme une fermeture éclair glacée
le long de la cuisse, descend jusqu'au talon
à la source des gorges serrées
puits sombre de nos pères
où remplir les jarres de charbon.
À qui est cette rue?
À qui ces champs trempés ?
Tandis que la pluie tombe
je porte les morts sur mon dos.
Cette main sous mon coude
me soutient.


Auteurs: Oslo Deauville/Claire C.